Témoignage pour l’année de la Miséricorde : les collocations solidaires

flo-1Le 2 octobre, pendant la messe dominicale, Florence a partagé avec nous son expérience de la 5ème année en colocation solidaire de  l’Association Pour l’Amitié (L’APA).

Nous avons été profondément touchés par son témoignage de la vie en collocation, dont l’objectif est d’essayer de recréer du lien avec les personnes qui étaient en situation d’exclusion au travers du vivre ensemble et du faire ensemble.


« En colocation, nous vivons à la fois une vie ordinaire et extraordinaire », nous raconte Florence.

Ordinaire parce que notre vie ensemble ressemble à celle d’une famille avec ses joies et aussi ses tensions. Nos engagements sont d’avoir un temps chaque semaine ensemble pour un dîner, partager les parties communes de notre appartement, partager un frigo, avoir un service (le ménage ou les courses) et essayer de tendre vers des relations amicales.

Extraordinaire parce que ceux d’entre nous qui avaient un logement avant se retrouvent chaque matin à 7h dans notre oratoire pour dire les laudes en communion avec l’Eglise puis pour prendre un temps d’Adoration. C’est Jésus qui nous accueille dans nos maisons ».

Pourtant cette décision n’ a pas été  simple pour Florence … « Ça revient de plus en plus dans la prière mais je suis très très tourmentée, je ne me sens pas capable… un bon combat spirituel…

Pour décider, je commence une neuvaine à St Joseph et les 2 derniers jours de la neuvaine je suis en retraite.

Lors de mon entretien avec un vieux prêtre spécialiste du discernement, alors qu’il est tard dans la nuit, nous commençons à parler, il pose sa main sur moi et me dis : « tu as reçu un appel mais tu as peur de dire oui car tu t’es pris des coups parce que tu étais au mauvais endroit, au mauvais moment. » alors que je ne lui avais pas encore raconté cette histoire de coup de poings reçu d’une femme de la rue quelques semaines plus tôt »

Je suis touchée en profondeur, je comprends que cela va être difficile mais que s’il y a eu autant de résistance c’est parce que cette vie en coloc est pour moi un véritable appel.

Ma neuvaine se termine le lendemain, je suis totalement en paix et en joie.  C’est un grand oui pour la coloc, je suis sûre de moi et confiante de recevoir les grâces nécessaires.

Je me dis que je suis là pour un an peut être deux… Pourtant au moment où je vous parle c’est ma 5ème année en coloc ».


Ce qui a changé…

« Comme je le disais en préambule, nous vivons une vie toute simple, toute ordinaire, mais c’est une vie où l’on se frotte les uns aux autres. Je parlais d’une vie proche de celle d’une vie de famille mais une grande différence est que l’on ne s’est pas choisis !

Je pense que je suis venue avec un petit côté « bon samaritain », avec la grande envie de faire le bien aux autres, les réinsérer. Je me suis vite pris quelques claques. Non l’APA n’est pas une œuvre de « réinsertion », c’est un lieu de « transition », un lieu pour se « poser, se reposer, se projeter » comme disait l’un de mes colocs. Un lieu où l’on vient pour « déposer son sac à dos et ses fardeaux ».

En France on ne meurt pas surtout de faim ou de mal logement mais ce dont on crève c’est l’exclusion. Ce qu’il y a de plus difficile, c’est lorsqu’on a perdu tout lien, lorsqu’on se sent « déshumanisé » parce qu’on n’a plus de famille, plus d’amis et plus qu’un foyer dans lequel vivre où l’on ne vous laisse même plus faire le ménage, les courses, la cuisine, la vaisselle…

Voilà donc ce que l’on propose à l’APA : s’installer ensemble dans un appartement où chacun a sa place mais aussi ses tâches ménagères. Un lieu où l’on essaie tant bien que mal de créer des liens amicaux malgré nos parcours  de vie différents.

Je vis avec des femmes adultes et autonomes, c’est juste que l’on a des histoires, des éducations et parfois des cultures différentes. Peut-être qu’elles ont, a un moment, donné eu des galères matérielles, mais j’apprends que derrière il y a avant tout des personnes. J’ai vraiment appris que la personne n’est pas sa galère…

J’ai et j’ai eu de colocs parfois malades, parfois colériques. J’apprends là aussi qu’il ne faut pas les réduire à un comportement ou à une maladie. La personne n’est pas sa colère, elle n’est pas sa maladie. J’essaie d’apprendre à décrypter ce que me dit sa colère. Et bien souvent ça me dit sa souffrance sans doute encore plus grande que cette colère qu’elle exprime, et cela m’aide à mieux l’aimer… à mieux exprimer que malgré nos différences nous  sommes tous égaux en humanité.

Souvent ces tempêtes du quotidien me renvoient à mes propres émotions, à ce que me dit de moi mon agacement ? mon manque de patience ? mon manque de charité ? L’APA me renvoie à mes propres fragilités et à mes limites.

J’apprends à lâcher… à faire des concessions, à accepter le ménage à géométrie variable selon les personnes et c’est valable aussi pour le rangement.

Je suis venue en pensant apporter aux autres, mais je suis bien souvent édifiée par mes colocs, souvent je me sens bien petite face à celle qui me dit que je suis là mais que je ne suis pas « disponible » car je pense à mille et une autre chose, édifiée par celle qui est venue pour trouver un emploi et envoyer de l’argent à sa fille malade et qui « tient le coup » sans papiers grâce à la prière : elle va à la messe, à l’adoration et dit au moins un rosaire par jour, édifiée par celle qui a fait une formation et a retrouvé un emploi, édifiée par celle qui s’est retrouvée malade, a perdu son emploi, son logement, n’a pas osé demander de l’aide et qui maintenant se lance dans entreprenariat… J’apprends beaucoup de mes colocs…

Mais surtout si je devais résumer l’APA, je crois que je dirais que c’est une « Ecole de l’Amour ». Nous sommes un peu comme des pierres toutes brutes que l’on met dans la mer ensemble et à force de vagues, elles se frottent les unes aux autres et deviennent peu à peu des galets plus lices et plus jolis.

Evidemment tout cela ne serait pas possible pour moi sans la foi. J’ai régulièrement des grands moments de découragement, je me dis que ce serait tellement plus facile de reprendre une vie plus « ordinaire ». Alors je dépose tout cela chaque matin devant le Saint Sacrement, lorsque j’ai des décisions difficiles à prendre par exemple comme demander à un coloc de partir, je lui demande de m’aider … c’est cette rencontre de chaque jour et la prière ensemble qui me permet de tenir dans la durée et de me dire que c’est à sa suite.

Ce qui m’aide aussi ce sont les grands rassemblements religieux, l’un des derniers pour moi était ma participation à la canonisation de Mère Térésa. Cela a été pour moi une belle manière de reprendre de l’énergie pour l’année avec cette figure toute simple et accessible qui nous invite à la fidélité dans les petites choses du quotidien et à côté de nous et aussi notre Pape François qui nous rappelait que la Charité n’était pas un appel pour quelques uns mais été l’appel de tout baptisé.

Je termine par une petite phrase de de Mère Térésa qui me touche et que je trouve très encourageante : « Vous n’êtes pas appelés à réussir mais à rester fidèles «