La paroisse jubile avec ses jubilaires

Le dimanche 17 avril, les paroissiens de Notre-Dame des Blancs-Manteaux étaient réunis à la messe de 11 h. Mais ce jour-là était un peu différent pour nous. En effet le père Géry, notre ancien curé, fêtait ses 50 ans de sacerdoce et nous n’oublions pas les 12 années qu’il a passées avec nous. Sœur Marie-Thérèse et Monique Blanchard ont reçu la médaille du mérite diocésain pour leur dévouement, leur gentillesse et leur disponibilité depuis de nombreuses années ; elles sont toutes deux précieuses pour notre paroisse. Après la messe célébrée par notre Doyen, le Père Olivier de Cagny, ils nous ont tous les trois fait un petit discours bref et chaleureux et nous avons pu partager le verre de l’amitié dans une ambiance joyeuse et amicale.

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Pour le Jubilé du Père Pierre Géry, Florence Guéry a parlé, au début du repas, au nom de l’APA.

Cher Padre,

Si je devais spontanément donner une image marquante de vous, me vient immédiatement en tête cette image du Jeudi Saint où vous vous courbez afin de laver les pieds de vos paroissiens. Cette image du prêtre qui revêt son vêtement blanc pour servir… Même si beaucoup d’entre nous n’avons partagé qu’une tranche de ces 50 années vous l’écriviez vous-même à vos paroissiens de Saint-Bernard il y a quelques semaines : «Il y a 50 ans, le 17 avril 1966, j’étais ordonné prêtre au titre de la Mission de France… Commence alors une aventure que j’étais loin d’imaginer à la périphérie de nos communautés ecclésiales… avec au cœur ces paroles fortes de Jésus : « Père, que pas un de ces petits ne se perde ».

Tout au long de votre ministère (et cela va encore continuer, nous y comptons bien !), tel a été votre combat, comme limonadier dans le quartier de la Défense alors en construction, à la Paroisse de Puteaux, à l’usine comme OS dans l’automobile, auprès de la communauté portugaise dans le 12ème, 19ème et 20ème arrondissement, dans le 16ème auprès des gardiens d’immeubles et du personnel de maison, à la Cimade, à la Fourmilière auprès des migrants de tous types, auprès des sans-papiers, auprès de ceux qui n’avaient pas de toit, à la Paroisse des Blancs-Manteaux lorsque vous avez pris votre retraite professionnelle, puis à la Chapelle Saint-Bernard, à Montparnasse rencontre… et bien sûr à l’APA depuis 10 ans!

Très humblement, très discrètement toujours, vous avez choisi que vos nids successifs soient au milieu des plus petits. Et tout ce que vous avez, vous le partagez avec grande générosité… Les anecdotes ne manquent pas, nous en avons tous une ou l’autre en tête.

Pour illustrer votre sens du partage, en voici une récente.

Lorsque les uns et les autres ont été sondés pour savoir s’il fallait vous faire un cadeau  voici un fioretti des réponses reçues : « un cadeau, un cadeau mais qu’en fera t il ? »,  « Le Père Géry ne s’achète rien ! il n’a besoin de rien »,  « Le Père Géry donne tout ce qu’il a, ça ne sert à rien de lui faire un cadeau », « cela va le mettre dans l’embarras », la plus drôle était : « ben une bonne idée de cadeau ça serait un lit de camp pour Kadder ». Finalement, c’est cette idée qui nous a le plus séduits… non pas pour le lit de camp lui-même mais en ce qu’il symbolise votre sens de l’accueil hors du commun… Karim, Nordine, Ahmed, et tant d’autres et bien sûr Martin et Etienne et toutes les personnes qui sont passées aux Blancs Manteaux et à la Visitation pourraient en témoigner mieux que quiconque…

Si l’APA fête cette année ses 10 ans, c’est aussi parce que le presbytère des Blancs-Manteaux a été notre 1ère crèche ! Lorsque les Sœurs de Madonna House ont quitté les lieux, vous avez décidé d’accueillir des personnes sans abri puis Etienne et Martin sont arrivés avec leur projet de coloc solidaire entre des personnes qui étaient sans logement et jeunes professionnels. Vos projets se sont rejoints et une 1ère coloc voyait le jour avec Yves, Rabbah, Karim, Martin, Etienne et Valéry et de nombreux autres par la suite… en 2008 ; 2 ans plus tard vous accueillez aussi très positivement l’idée d’un repas après la messe… Vous avez souvent appelé d’ailleurs ce repas prolongeant la table eucharistique, la « Table de l’Evangile ». Rares sont les dimanches où vous n’étiez pas à table avec toute cette joyeuse bande du Repas des Blancs Manteaux qui continue toujours 8 ans plus tard…

Au fil des années vous vous êtes laissés embarqué dans nos WE à Combs-la-Ville, à l’Arche et lors de vacances à Saint Gervais, à Notre Dame des Neiges, à Taizé, au Carmel de la Paix… Nous avons même réussi à vous emmener à Paray-le-Monial chez les charismatiques lors d’une session d’été… Nous n’avons malheureusement pas retrouvé de photos de vous louant les bras en l’air mais là encore quelle belle preuve d’ouverture…

Vous avez malgré notre organisation si singulière à l’APA supporté nos retards (les départs qui ont au lieu 2h après l’heure programmée), nos bagarres, nos coups de gueule, nos désorganisations, nos maladresse et même nos addictions… et bien sûr beaucoup nos moments de joie. Lors de tous ces moments vous avez été pour beaucoup une oreille très attentive, vous avez pu parler du bon Dieu de manière très incarnée. Et bien sûr régulièrement vous nous avez permis de nous réunir autour de la table eucharistique. Car sous vos airs de militant syndicaliste, vous êtes un vrai doux et une chose que vous aimez vraiment (en dehors des personnes et des polars bien sûr) c’est célébrer la messe…

Et très honnêtement vous m’avez scotchée dès le Premier jour… Au fond de moi je m’étais dit, je l’avoue… « Quelle horreur, encore un communiste, un prêtre ouvrier, ça promet »…  Rien n’était fait pour nous rapprocher de prime abord… Eh bien, je suis restée bouche bée face à cette liturgie simple, épurée et très classique. Et très vite j’ai fait partie de la liste des personnes auxquelles Monique envoyait chaque semaine une impression de vos homélies, celles que vous commenciez toujours par « Chers Amis », celles qui étaient si incarnées et qui nous nourrissaient jusqu’au dimanche suivant… Je les ai toutes gardées et c’est toujours une joie de les relire et d’y puiser autant… Vous avez tant à nous transmettre. Oui, vous m’avez scotchée, vous avez ce talent de mastiquer l’Evangile pendant de longues heures, de le digérer, seul face au Bon Dieu et à vos feuilles blanches, et de le rendre si accessible à nos oreilles et surtout à nos cœurs… Vous venez toucher les cœurs, en donnant des exemples si incarnés des Zachée, Pierre et autres Thomas des temps modernes. Vous venez nous rappeler la luminosité de la Croix et surtout qu’aujourd’hui encore ce Jésus vient nous sauver…

J’aurai pu dire un mot sur votre humour sans égal… Plusieurs fois vous nous avez fait des frayeurs parfois en pleine messe (mais après la consécration bien sûr) et lorsque vous avez repris vos esprits et aussi quelques couleurs, je me souviens de vous souriant nous expliquant que ce n’était ni le jour ni l’heure, en nous précisant : « J’ai trop mauvais caractère le bon Dieu ne veut pas de moi ».

J’en ai déjà trop dit, les médailles, les honneurs, les grands discours, tout cela ce n’est pas votre truc, mais c’était seulement une façon de vous dire en notre nom à chacun un Grand MERCI… 50 ans déjà ou peut être seulement car l’aventure continue, et quelle joie que vous ayez choisi l’APA pour cela.

Joyeux Jubilé cher Padre.